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ELECTIONS 2002 - LES AFRICAINS FRANCAIS ATTENDENT...
L'absence de visibilité des minorités depuis le début de cette campagne laisse pantois. Est-ce à dire que nous n'avons pas d'opinion ? Est-ce à dire que ces élections nous indiffèrent ? il s'agirait là, d'une conclusion hâtive. Car, jamais, une élection n'a autant passionné les minorités. Elles en comprennent les enjeux, mesurent l'impact qu'aurait sur eux l'élection de tel ou tel candidat de droite ou de gauche. Nous avons compris nous, français noirs, jamais d'un bloc mais tout en nuances, français d'ici et de là-bas, d'Afrique ou des Antilles, nous avons compris qu'il est de notre intérêt de refuser la fragmentation et la ghéttoïsation de notre société. Nous ne saurions admettre que la France socle commun à tous ne puisse plus exister et nous voulons participer à sa construction politique, économique, médiatique et culturelle, donc sociale. Nous ne saurions retourner dans nos pygméland's ou nos bantoustans Franciliens. Voilà pourquoi lorsque certains prétendent nous mobiliser pour tel ou tel candidat et ce, sur des bases malsaines des copineries à la Foccart, nous éclatons de rire. D'autant que la France a offert une éducation de qualité à beaucoup d'entre nous, qu'une élite Africaine existe dans ce pays, qu'elle se reconnaît pour sa plus large majorité dans les revendications du Collectif Egalité, qu'en tant qu'Africains-Français nous estimons avoir des devoirs à l'égard de notre pays, la France, mais également des droits, que de ce fait, nous avons envoyé aux candidats aux élections une lettre les invitant à répondre à nos aspirations, à nos attentes, à nos espoirs. Aujourd'hui, certains candidats nous ont répondu ; d'autres ont trouvé le temps de nous recevoir, de nous écouter, et ce avec respect, pourtant, il est à croire que pour une infime minorité d'entre eux, rien à changer L'époque bénie de la colonisation s'étire indéfiniment ! celle de la domination " mentale " ne fait que commencer ! aussi, trouvent-ils les moyens de biaiser avec des sujets essentiels qui nous préoccupent. Ils parlent de la violence et de la tolérance zéro, mais gardent le silence lourd de sens quant aux sources du malaise : l'exclusion. Et quand mon confrère, Dénis Tillinac, pour qui j'ai le plus grand respect, prétend nous mobiliser, on pourrait se demander : sur quel thème ? sur quel projet de société ? Il est à croire qu'à clamer aux vents " J'aime l'Afrique et ses tambours, j'aime ses gazelles et ses odeurs " sauraient suffire à nous séduire. Rencontrer des chefs d'états Africains influencent-ils nos votes ? le monde aurait-il évolué sans nous et demeurons-nous sans calcul et sans recul ? fonctionnons-nous de manière si automatique et spontanée que l'issue de nos bulletins ne saurait être une surprise ? " La raison est Héllène et l'émotion Nègre " disait Senghor. Nous osons le contredire : Les peuples sont en nuances. Il convient d'informer Monsieur Denis Tillinac, qu'elle est lointaine cette époque où les bi-nationaux originaires d'Afrique, croyaient que leur destin sur le sol Français dépendait de chefs d'Etats Africains et de leurs intermédiaires sur cette terre de France. Elle est morte cette époque-là, n'en déplaisent à certains… Le reste n'est que fantasme à but non lucratif. Il est plus qu'urgent d'informer les esprits bien intentionnés à notre égard, que notre destin est bien ici, en République Française, avec nos enfants et nos concitoyens français et Européens. Que celui-ci se déroule dans les banlieues, à Sarcelles ou à Pantin, à Trappes ou à Mantes la Jolie. Que les restaurants huppés ne sont pas à ce jour nos lieux de rencontre pour débattre de l'intégration et de l'exclusion. Il serait temps que cette campagne débute. Les Africains-Français, à l'instar de toute la communauté nationale, attendent les programmes des candidats. Ils veulent qu'ils se prononcent sur la retraite, sur les inégalités sociales, qu'ils trouvent des solutions aux problèmes d'intégration des six millions de jeunes issues de l'immigration. La communauté Africaine de France est de plus en plus structurée. Nous voterons, et ce massivement, en fonction des réponses que nous ferons les candidats et non sur des bases d'une mobilisation incertaine, mais brillamment annoncée. Calixthe Beyala - Ecrivain - Présidente du Collectif Egalité
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